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I'm not your enemy [Tisiphone]

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MessageSujet: I'm not your enemy [Tisiphone] Dim 5 Déc 2010 - 15:37

Elfeteri…une ville à laquelle Cassius commençait lentement à s’habituer. Et il y avait de quoi être perdu après une telle aventure. Le soldat romain qui devint l’esclave d’un dieu déchu de l’Olympe. Si quelqu’un lui avait dit ce qui l’attendait, il ne l’aurait certainement pas cru. C’est à cela qu’il pensait alors que ses pas le menaient tout droit vers un de ces amphithéâtres grecs.

Bien sur, il ne comptait pas assister à une pièce de théâtre, surtout à cette heure là. L’ancien soldat de Rome souhaitait juste s’aérer l’esprit, se retrouver avec lui-même. Peut être que la nuit étoilée allait se montrer bienveillante avec lui et lui apporter des conseils. Vêtu d’un chiton blanc avec quelques rayures rouges, en laine, qui recouvrait sa tête et dissimulait ainsi son visage, il descendit les escaliers lentement avant de prendre place sur les gradins les mieux positionnés, tout en bas, juste en face de la scène. Adieu les étoffes à motifs dorés en lin et bon nombre de privilèges de la noblesse.

Une fois en position assise, il émit une longue expiration comme pour l’aider à évacuer toute cette pression accumulée en son for intérieur ces derniers temps. Cassius eut à peine quelques instants de répit pour observer le ciel étoilé. Après cela, les questions inondèrent son esprit tourmenté. Pourquoi avait il été un des seuls à survivre lors de cette bataille ? Pourquoi n’avait il pas été abattu comme bon nombre de romains ? Pourquoi le dieu de la guerre voulait d’un romain comme esclave ? N'avait il pas assez de valeureux guerriers ici pour le servir ?

Lui, l’ancien soldat de Rome, avait été bradé sur le marché aux esclaves alors qu’il était à moitié mort. Etait ce le prix pour survivre ? La mort aurait presque été préférable pensa t’il sur le coup. En plus de tout ça, les romains avaient quitté les environs suite à leur défaite sans apporter le moindre soutien aux derniers survivants. Abandonné, jeté en pâture. Voilà ce qu’il avait subi.

Et maintenant ? Voilà la question la plus importante à laquelle il ne devait se soustraire. Passablement irrité malgré la sérénité des lieux, il sortit une dague de son chiton qu’il observa pendant quelques secondes, le regard fermé. Il releva ensuite le tissu recouvrant son épaule pour la dégager. La marque de ses anciens dieux demeurait sur sa peau. Cassius rapprocha la lame de celle-ci et commença à s’ouvrir pour la faire disparaitre de sa vue et de son être. Le sang ne tarda pas à couler mais le déserteur avançait lentement et progressivement. Sur son visage, se dessinaient à la fois le masque de la douleur et une expression haineuse.

Avant même qu’il n’ait terminé, Cassius entendit des bruits de pas qui venaient probablement d’en face, de derrière les décors de la scène. Curieux, le jeune homme resta dans l’expectative appréhendant l’arrivée de ce visiteur, les sourcils froncés. Mais, que risquait-il maintenant après avoir quasiment tout perdu ? Perdre la vie ?


«Qui est là ?! »
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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Dim 5 Déc 2010 - 17:01

La « cité de la liberté » osait-elle s’appeler. Elefteri était en réalité un lieu de complots où se tramaient mille et un commerces obscurs. Tisiphone préférait éviter ces lieux lorsqu’elle en avait l’occasion. Elle savait de source sûre que se cachaient ici un certain nombre de dieux déchus. Elle se doutait qu’il se passerait certainement quelque chose pour « remettre de l’ordre », « retrouver l’ordre naturel des choses », comme le lui avaient dit certains. Elle n’en avait que faire. Le seul véritable ordre était celui du cosmos. Tant que cet ordre là n’était pas rompu, tant que l’équilibre était maintenu, elle se moquait de savoir qui avait posé son royal postérieur sur le trône divin des cieux. Toutefois, si elle ne se souciait pas des olympiens et des titans de manière générale, elle veillait tout de même sur une divinité en particulier : son divin père, Ouranos, dont elle savait qu’il avait élu domicile en ces lieux. Elle avait décidé qu’il pourrait lui être utile de savoir où se trouvait le père des titans, dans un contexte tel que celui de l’actuelle période de trouble qui régnait.

Elle avait troqué son habituelle tunique courte de guerrière pour une longue robe de lin blanc, sous les replis de laquelle elle cachait une longue dague dans son fourreau finement serti, et de hautes sandales lacées. Sa tête et les épaules recouvertes d’un himation brodé de fils d’or. Elle aurait pu passer pour une dame de la haute société, bien que sa présence en ces liens à une heure si tardive puisse sembler suspicieuse. C’était la tenue la plus discrète qu’elle avait trouvé pour pouvoir suivre l’ancien seigneur du ciel à travers les rues de la cité cosmopolite.

Lassée de sa tâche, elle cessa de le talonner lorsqu’elle réalisa qu’il resterait là encore un temps. Il n’avait pas l’air d’avoir prévu de repartir de sitôt. Tisiphone profita de l’occasion pour rester prendre l’air à la surface, dans le monde terrestre. En cette douce soirée, elle n’était pas pressée de redescendre dans le monde souterrain. Ses pas la menèrent jusqu’à l’amphithéâtre de la ville qui était désert à cette heure-ci. Personne ne croisa sa route. Quiconque l’aurait fait l’aurait de toute façon très certainement regretté. Elle crocheta sans difficulté la vieille porte de bois qui verrouillait l’accès des artistes, qui donnait sur les coulisses derrière l’estrade qui servait à la représentation. Elle s’avança dans la pièce, soulevant les étoffes, admirant les masques, parfois avec approbation, parfois avec un peu plus de dégoût. Elle ne comprenait pas bien cette fascination des humains à vouloir se travestir. Plus elle repensa à sa propre apparence et au jeu de dupe qu’était en réalité son visage angélique. Elle se mit à rire sans véritable raison.

Elle continua son chemin, jusqu’à ce que quelque chose attire son attention. L’antique déesse s’arrêta net et leva le nez au ciel, comme l’aurait fait un animal qui cherchait à humer quelque chose dans le vent. Elle n’était pas seule. Elle avança jusqu’à proximité de l’estrade et s’arrêta là, analysant les gradins de pierre. Une silhouette obscure était installée un peu plus haut dans ledit gradin.

Il s’agissait d’un homme, apprit-elle lorsque la voix de celui-ci s’éleva pour demander qui se trouvait là. Lui aussi avait repéré sa présence. Sans pour autant découvrir son visage, la jeune femme fit quelques pas en avant, montant sur l’estrade et révélant ainsi sa présence à l’inconnu. Elle porta machinalement la main à la dague qu’elle gardait cachée sous son himation, comme pour vérifier qu’elle était toujours bien là. Ce n’était pas qu’elle en avait particulièrement besoin, surtout si elle avait à faire à un mortel, mais le fait était qu’il trainait beaucoup de créatures étranges dans cette ville.

Elle baissa l’himation qui lui couvrait le visage et le fit retomber sur ses épaules, montrant ainsi qu’elle n’avait rien de vindicatif.


- Je ne te veux pas de mal, étranger.
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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Dim 5 Déc 2010 - 20:18

Cassius assista à l’apparition de la visiteuse nocturne, du moins ce qu’il supposait au vu de son habillement. Elle émergea de l’obscurité des coulisses, apparemment sans la moindre crainte malgré les risques qu’elles pouvaient encourir à parcourir la cité à une heure aussi tardive. Au premier coup d’œil, elle semblait être une femme de la haute société. Cette robe lui seyait parfaitement et mettait en valeur une silhouette fine et gracieuse.

Pendant ce temps, des gouttes de sang continuaient de perler de son épaule. Sa petite séance de charcutage venait de passer au second plan même si la blessure qu’il s’infligeait provoquait des douleurs lancinantes à intervalles de temps réguliers.

L’expression méfiante affichée sur le visage du romain ne disparut pas pour autant. Désormais, il pouvait distinguer cette promeneuse nocturne mais Cassius ne savait pas qui elle était et ne connaissait pas la raison de sa venue. Depuis son arrivée en Grèce, le jeune homme avait réalisé que la culture grecque se révélait à la fois complexe, mystérieuse et dangereuse. Une menace pouvait se tapir dans l’ombre à chaque coin de rue.

Un moment de flottement s’installa dans l’amphithéâtre pendant quelques instants. L’inconnue découvrit ensuite son visage et lui signifia ensuite qu’il n’avait rien à craindre. L’ancien soldat de Rome observa minutieusement ce visage ravissant. Ces yeux bruns rutilants attiraient inévitablement son regard mais inspiraient aussi de la crainte.


« L’heure ne vous semble pas un peu tardive pour vous rendre au théâtre ? »

Cassius venait de s’exprimer d’un ton plus posé que tout à l’heure, un peu plus rassuré à propos de sa sécurité même s’il ne se fiait pas vraiment aux inconnus. Puis, il reporta son attention sur son épaule meurtrie. La dague se planta de nouveau dans sa chair et élimina les dernières traces du sigle SPQR tatoué sur son épaule. En plus de sa rancœur vis-à-vis des siens, il se doutait qu’il était préférable de faire disparaître cette mention pour sa sécurité. Elle informait, le moindre passant dans la rue, qu’il était ou avait été un soldat de Rome par le passé. Etant donné l’hostilité entre ces deux puissances, l’idée lui paraissait judicieuse.

Instinctivement, il reporta son attention sur la jeune femme brune. Le sourcil droit levé, Cassius repensa à ses propos. Etranger ? Comment pouvait-elle le savoir ? Le connaissait t’elle ? Et comment ? De toute manière, il avait une très bonne mémoire visuelle et il se serait souvenu de ce visage si ils s’étaient rencontrés auparavant.


«Qui êtes vous ? Comment savez vous que je suis un étranger ? »

Après coup, il comprit que ce ne devait pas être difficile à découvrir qu’il n’était pas grec. Son accent ne venait clairement pas du Péloponnèse. Il suffisait ensuite de faire le lien avec le tatouage caractéristique des soldats romains au niveau de l’épaule. Le déserteur déchira brusquement un morceau de tissus sur sa tunique pour recouvrir sa blessure. Quant à sa dague à la lame désormais rougeoyante, elle reprit place au niveau de sa ceinture.

Difficile de savoir quelle attitude adopter dans ces conditions et surtout d’avoir les réflexes adéquats. Dans son esprit, il ne se sentait pas réellement esclave mais se remémorait la dure vérité de temps à autre…

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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Dim 5 Déc 2010 - 23:16

De là où elle était, en dépit de la distance, la déesse pouvait sentir l’odeur du sang. Elle ne savait pas exactement d’où cela venait, mais elle était certaine d’une chose, ils n’étaient que deux dans cet amphithéâtre. D’où est-ce que ça pouvait bien émaner ? Etait-ce un criminel qui venait de commettre un meurtre ? Qui se disait peut-être même qu’une jeune femme de la haute société pourrait combler son tableau de chasse ? Si c’était le cas, il se méprenait sur toute la ligne, car c’était bien à une déesse, et une des moins agréables qui soit, qu’il aurait à faire.

Elle avait pris la liberté de spontanément se mettre à le tutoyer, et ne savait pas quelle serait sa réaction à cela. Elle voulait le mettre en confiance, montrant qu’elle n’était pas malveillante. De toute façon, que ce soit un criminel ou non, la pire chose à faire aurait été d’attiser sa colère. La jeune femme évoluait gracieusement, s’avançant à pas lent en direction des gradins.

Un long silence s’était établi, car l’inconnu n’avait pas daigné reprendre la parole. Ce silence qui aurait pu paraître pesant à n’importe quel mortel ne l’était pas pour Tisiphone. Elle ne craignait rien de lui, ce n’était pas comme si la déesse infernale avait peur du noir, après tout ! Et puis, en cette nuit claire et grâce à ce silence qui tranchait avec toute l’agitation du jour, c’était véritablement un temps à se reposer et admirer le ciel étoilé.


- Je pourrais te retourner la question, poursuivit-elle de la même voix douce qu’auparavant.

Elle n’avait pas particulièrement besoin d’élever la voix grâce à l’incroyable acoustique des lieux. Elle continua à avancer droit devant elle, d’un pas assuré. La déesse souleva légèrement le bas de sa robe, révélant ses sandales de cuir lacées, afin de pouvoir gravir les marches sans en salir l’étoffe. Elle avait l’assurance d’une reine, ce qui n’avait rien de surprenant pour une déesse. Mais il était vrai que cela aurait pu paraître suspicieux pour un mortel.

Elle s’arrêta au milieu des marches, pouvant sentir l’odeur de sang se renforcer dans ses narines. Cette pause donnait par ailleurs l’impression d’une hésitation, ce qui pouvait la rendre plus « humaine » au regard de cet inconnu. Il l’interrogea alors, sur la défensive, pour tenter de connaître son identité. Il était évident que la divinité ne comptait pas se présenter en tant que telle. Elle n’avait pas suffisamment confiance pour cela, d’autant plus dans cette ville où elle savait que trainaient nombre de créatures magiques et autres, dont toutes n’étaient pas aussi neutres qu’elle, et dont certaines étaient d’autant plus puissantes.


- Tu m’es étranger à moi, étranger. Du moins, je ne pense pas que nous ayons l’honneur de nous connaître, sourit-elle simplement.

- Je me nomme Tessa, rajouta-t-elle humblement, en opinant légèrement du chef comme pour le saluer. Mais ta remarque me fait penser que tu n’es pas véritablement d’ici. Ce qui n’est pas étonnant, pour une cité de voyageurs comme celle-ci. Aurai-je l’honneur de savoir à qui j’ai à faire ?

Elle continua à monter jusqu’à arriver au niveau auquel se trouvait l’inconnu. Elle fit quelques pas en sa direction, mais s’arrêta à une petite distance de lui. Son œil acéré remarqua la dague à sa ceinture. Et le sang qui en perlait. Un coup d’œil rapide, que personne ne pourrait remarquer, lui indiqua qu’il n’y avait pas d’autre présence ici. S’il avait commis un crime ou avait affronté quelqu’un, ce n’était point en ces lieux. Ce fût alors qu’elle remarqua le détail qu’elle avait omis jusqu’à présent, et elle comprit l’origine de cette âcre odeur de sang.

- Tu es blessé ! S’exclama-t-elle alors en comblant en quelques pas la distance entre l’inconnu et elle.

Puis elle réalisa justement qu’il s’agissait d’un inconnu. Elle ignorait tout de lui, et il pourrait de plus se sentir attaqué. La déesse s’arrêta net. Il ne fallait point oublier de garder ne serait-ce qu’un simulacre d’attitude humaine. Elle ramena à elle le bras qu’elle avait commencé à tendre en direction de l’inconnu, et se contenta de s’asseoir un peu bêtement sur le banc en pierre, à quelque distance de l’étranger.


Dernière édition par Tisiphone le Dim 26 Déc 2010 - 23:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Mar 7 Déc 2010 - 17:21


Il y avait de quoi être légèrement décontenancé par cette rencontre nocturne pour Cassius. Mais, pas grand chose ne pouvait franchement l’étonner en Grèce depuis qu’il s’était rendu compte que des faits étranges se produisaient ici et que des créatures mystérieuses se baladaient dans les ruelles pavées. Et le romain était bien trop naïf pour penser ne serait ce qu’un seul instant que cette ravissante jeune femme en soit une. Juger uniquement en fonction de ce que l’on voit, ce devait être un des défauts les plus répandus chez les humains.

Cependant, Cassius fut intrigué par autre chose. Les gestes de la brune semblaient vraiment assurés et témoignaient de sa confiance en elle. Les grecs disposaient peut être de davantage d’aisance avec les inconnus. Il avait aussi cette manie de les comparer sans cesse aux romains. Il se sentait dans un tout nouvel univers ici, comme si sa vie repartait de quasiment rien. Ainsi, elle n’avait pas besoin de lui remémorer qu’il était un étranger, le déserteur le ressentait au quotidien.

Le romain observa son interlocutrice s’avancer vers lui et obtint dans le même temps des réponses à ses premières questions. Et il réalisa enfin qu’elle le tutoyait sans même le connaître. Cela se révélait plutôt troublant pour Cassius. Il n’en avait pas l’habitude, surtout si ça venait de parfaits étrangers. Il était issu d’une noble famille à Rome et ses fonctions au sein de l’armée romaine intimaient ceux qui le croisaient à s’exprimer de manière un peu plus formelle. C’est à cet instant qu’il réalisa tout ce qu’il avait perdu. Il n’était plus qu’un esclave sans famille. Son regard sombre se perdit quelques instants sur ces gradins en pierre qu’arpentait la mystérieuse inconnue.


«Non, en effet…vous avez raison… »

Ne sachant quel ton adopter et connaissant sa nouvelle condition, il préféra la vouvoyer et lui répondre ainsi avec respect. Cela n’était pas son genre de baisser les bras suite à un échec ou à une catastrophe. Mais, il ne fut jamais préparé à vivre cela. Jamais cela ne lui avait effleuré l’esprit. Pourquoi la mort avait-elle choisi de l’épargner lors de ce jour funeste ? Maintenant, il lui manquait comme une raison de vivre, de se battre. La brune se présenta ensuite. Enfin, elle ne fit que lui donner son nom. Cassius l’observa et chassa ses idées noires de son esprit sur le champ.


«Tessa…c’est un joli nom. »

Répondant spontanément et sincèrement, un léger sourire s’esquissa naturellement sur son visage à cet instant, comme un soupçon de chaleur humaine jaillissant du fin fond des Ténèbres. Mais, celui-ci dut paraître bien trop éphémère de l’extérieur puisqu’il s’atténua lorsqu’elle lui demanda son identité. Devait-il lui dire la vérité ? Les romains n’avaient pas bonne presse par ici.

« Je suis un Romain…enfin, je l’étais. Je ne le suis plus vraiment. »

Etrangement il lui parut bien plus simple de dire d’où il venait. Cassius s’énonça avec un certain détachement, comme si cela ne l’atteignait plus. Après tout, les grecs de cette ville l’appelaient ainsi et ne prêtaient aucune importance à son prénom. C’est la raison pour laquelle cela n’aurait servi à rien de mentir ce soir. D’ailleurs, il n’était pas vraiment doué pour ça.

Avec cette discussion, il en oubliait presque sa blessure dissimulée sous un bout de tissus, au niveau de l’épaule. Le romain eut un léger mouvement de recul lorsqu’il vit Tessa réagir brusquement à ce sujet.


« Ce n’est rien…Un différent réglé avec mes Dieux. »

Sur cette légère pointe d’ironie, il scruta le ciel un instant tandis que Tessa s’installait non loin. Il paraissait peut être un peu réservé, comme à son habitude. Cependant, Cassius parvint à reprendre la parole d’une voix un peu rocailleuse et grave mais posée.

«Que faîtes-vous à Elefteri si ce n’est pas indiscret ?...Du théâtre ? »

Poussé par sa curiosité, il voulait savoir qui était cette inconnue et ce qu’elle faisait dans cette Cité.

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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Mar 7 Déc 2010 - 18:27

- Merci, répondit poliment Tisiphone lorsque l’inconnu la complimenta sur son nom de couverture.

En dépit de son sourire, l’inconnu avait l’air particulièrement préoccupé, mais la déesse n’aurait su dire par quoi. Elle ne possédait pas de don de télépathie pour tenter d’aller lire dans ses pensées, et de toute façon ne s’y intéressait pas suffisamment pour s’y attarder. Sa mine s’obscurcit d’autant plus quand il révéla ses origines, ce qui indiqua à la déesse que sa vie n’avait en rien dû être un long fleuve tranquille. A en juger par son apparence d’ensemble, sa présence ici et cet air de celui qui a vu la mort en face mais qu’elle a laissé repartir, elle ne pouvait qu’en conclure qu’il s’agissait d’un guerrier.


- Romain, ça me dit d’où tu viens, mais ça ne me dit toujours pas qui tu es… rajouta-t-elle mi amusée mi sérieuse.

Il était d’usage de courant pour les étrangers de se faire appeler par leur nationalité au lieu de leur prénom, chez les mortels. C’était quelque peu avilissant, mais la déesse ne s’en choquait plus. C’était pour cela qu’elle n’était qu’à moitié étonnée que l’inconnu n’ait pas donné son nom après avoir dire qu’il était romain. Elle faisait partie de ceux qui souhaitaient connaître le nom des gens, et celui de leurs géniteurs, car c’était une preuve de respect que de savoir qualifier un individu en fonction de sa filiation.


- Tu es loin d’être le seul à te sentir ainsi, surtout en pareille ville, sais-tu. Il se croise ici des individus de toutes races et de toutes couleurs, qui pensent pouvoir élire domicile dans ce symbole de la liberté et de la résistance, selon leurs propres termes.

Sa curiosité était de plus en plus attisée par cet individu qu’elle n’arrivait pas tout à fait à cerner pour l’instant. Il y avait en lui une intéressante part de mystère, sur laquelle elle aurait aimé en savoir plus. Il faisait partie de son rôle de pouvoir comprendre les humains si elle voulait mieux pouvoir les juger, et percer à jour les secrets de leurs actes et de leurs motivations, en particulier lorsqu’il y avait eu un crime à la clé.

Qui plus est, il venait à l’instant de faire mention d’un différend avec ses dieux. Que s’était-il donc clairement passé dans l’existence de cet individu ? La déesse n’insista pas sur le sujet mais leva le nez au ciel, comme si elle essayait de sentir la présence d’une autre divinité dans les environs. Elle lança un rapide coup d’œil circulaire et reporta son attention sur le romain.


- Haha, certainement pas, rit-elle doucement lorsque son interlocuteur non seulement changea le sujet pour éviter une discussion qui clairement le dérangeait, mais surtout évoqua l’idée qu’elle puisse être tragédienne.

Encore que, à bien y réfléchir, elle était plutôt douée pour jouer la comédie, à en juger par son actuelle prestation. Elle avait su rester convaincante, et il apparaissait que le mortel qui lui faisait face était très loin de se douter qu’il avait à faire à une déesse infernale.


- J’étais venue chercher quelqu’un, poursuivit-elle, pensive.

Elle s’empressa alors de rajouter pour éviter toute curiosité déplacée.


- Mais je ne l’ai pas trouvé.

Elle haussa simplement les épaules et fit mine de chasser ce qui semblait être un désagréable souvenir par un léger sourire. Finalement, l’idée de penser qu’elle pouvait faire du théâtre l’amusait plus qu’autre chose. Elle avait un certain talent pour la tromperie et arborait véritablement un masque à chaque fois qu’elle prenait forme humaine.

- Et toi, qu’est-ce qui t’a mené si loin de la terre qui t’a vu naître ?

L’odeur du sang commença un peu à la déranger avec cette proximité. Elle avait le nez fin, ce qui lui permettait de suivre à la trace ceux qui essayaient en temps normal de fuir son courroux. Ses sens étaient de toute manière bien plus aiguisés que ceux des simples mortels. Elle eût alors une intéressante idée, qui pourrait lui permettre non seulement de faire quelque chose contre cette odeur ; mais aussi et peut-être surtout, mais cela la déesse ne le dirait jamais, constituait un moyen de pouvoir juger par elle-même si oui ou non il s’agissait d’une blessure d’origine magique, effectivement faite par une créature supérieure. Non, sa curiosité n’avait vraiment pas de limites.

- Je… soigne les gens.

Elle les soignait surtout de toute envie de commettre un nouveau crime, en les rendant complètement fous.

- D’ailleurs, et je m’excuse de l’aplomb de ma requête, mais me permettrais-tu d’ailleurs de jeter un œil à cette plaie ?

La déesse avait commencé d’emblée en tutoyant le romain, ce n’était pas maintenant qu’elle allait changer cela. Toutefois, elle restait très courtoise dans ses expressions et ses formules, bien que son attitude se distingue de celle de la femme grecque moyenne par son caractère très franc et direct. Une telle demande lui permettrait par ailleurs de justifier l'attitude que l'on aurait pu considérer comme intrusive qu'elle avait eu quelques instants auparavant lorsqu'elle avait remarqué la blessure du jeune homme.


Dernière édition par Tisiphone le Dim 26 Déc 2010 - 23:34, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Sam 11 Déc 2010 - 11:25

Apparemment, l’inconnue souhaitait réellement connaître l’identité du romain. Elle glissa habilement dans la discussion un sous-entendu signifiant que la réponse de Cassius était incomplète à ses yeux. Tessa semblait plus curieuse que la moyenne ici à Elefteri. Devait-il satisfaire sa curiosité ? Après tout, que risquait-il à lui donner son nom ? En fait, elle n’était pas un problème.

Il s’en rendit compte mais la laissa développer un peu sur le sujet des étrangers à Elefteri. Symbole de liberté ? elle était bien bonne celle-là. Cette phrase rebondissait dans les méandres de son esprit, tel un écho de plus en plus lointain. Le jeune homme ne put se retenir d’esquisser un sourire, surpris par l’ironie de la situation. Il ne se représentait clairement pas cette cité ainsi. Enfin, il fallait surement une exception à la règle. Cassius releva la tête brusquement et plongea ses yeux dans le regard de Tessa, avec une once d’agressivité qui ne lui était pas destinée.


«…Symbole de liberté ? Alors, je ne suis pas de ceux là… »

Elle réfuta assez rapidement être comédienne. Visiblement, cela ne lui avait jamais effleuré l’esprit même. Cassius fronça légèrement des sourcils lorsqu’elle lui annonça la raison de sa venue. Chercher quelqu’un à cette heure là ? Oui, peut être…Après tout, peut être s’agissait-t-il d’une liaison intime ou de quelque chose de ce genre. Quoi qu’il en soit, il fit mine d’acquiescer en hochant brièvement de la tête.

Tessa reporta ensuite la discussion sur lui une fois de plus. Il réalisa alors que sa curiosité n’allait pas lâcher le morceau pensa t’il ironiquement. Finalement, Cassius se résolut à lui répondre de manière un peu plus précise. Après tout, c’était rare de tomber sur quelqu’un qui s’intéressait à lui. Et en plus de ça, il conversait avec une belle jeune femme qu’aucun homme n’oserait faire attendre de la sorte.


«Je suis venu ici car nous étions en guerre contre les cités grecques. Vous vous souvenez de la dernière tentative d’invasion ? Et bien je faisais partie de cette légion…»

Voilà, après une telle réponse, il ne s’attendait pas à ce que la brune demeure aussi avenante avec lui. Et pourtant, elle proposa son aide après avoir aperçu la blessure du jeune homme. Ce dernier resta stupéfait un instant mais il devait avouer qu’il s’agissait plutôt d’une agréable surprise. Cassius hocha de la tête quelques instants plus tard, s’attendant à ce qu’elle s’approche de lui. Cette fois-ci, c’est sa curiosité qui venait d’être titillée.

« Vous êtes médecin ? guérisseuse ? J’ai peut être de la chance parfois… »

L’étranger retroussa la manche de son chiton pour dévoiler son épaule meurtrie à la jeune femme. Il maintenait un bout de tissus dessus pour stopper le saignement. Une fois Tessa à proximité immédiate, il le relâcha et fit retomber sa main sur la pierre constituant le gradin. Un léger silence s’installa le temps qu’elle observe la blessure. L’ancien soldat de Rome reprit la parole ensuite pour lui offrir davantage de réponses, le regard fixant l’estrade comme si il se remémorait les évènements dans son esprit.

«Mon nom est Cassius Vorenus, fils du général Aetius. J’étais un gradé au sein de ma légion. Mais, lors de la bataille, nous sommes tombés. J’ai été gravement blessé. Un marchand d’esclaves m’a récupéré et…je ne suis plus que l’esclave d’Arès désormais… »

Cette confession se révélait assez difficile mais il parvint à terminer son histoire, surement déshonorante pour certains et épique pour d’autres. Sa colère vis-à-vis du destin, des éléments, de l’armée romaine, d’Arès était palpable au vu de ses soupirs plutôt bruyants et de son regard fermé. Mais, tout ce qui comptait désormais à ses yeux, c’était de savoir ce qu’en pensait cette jeune femme grecque. Il replongea ses yeux dans les siens pour les sonder.

« Vous pouvez penser que j’ai eu ce que je méritais, après tout je n’étais qu’un ennemi hostile à la Grèce, qui a abattu des Grecs alors que je n’avais rien contre eux…et vous, vous restez là à vous occuper de ma blessure… »

Cassius déglutit et saisit délicatement la main de Tessa, quasiment instinctivement. Ce n’était peut être pas une chose à faire avec une femme de son rang mais peu importe. Il l’étreignit doucement pour témoigner sa reconnaissance, en la fixant toujours des yeux.
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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Dim 12 Déc 2010 - 9:35

Elle avait conscience de ce que son attitude était cavalière ; non seulement la jeune femme s’aventurait seule, de nuit, dans des quartiers déserts de la ville, qui plus est en fracturant une porte pour pénétrer dans un amphithéâtre vide. Et croisant le chemin du premier inconnu venu, elle s’arrêtait pour discuter au lieu de passer son chemin, voire de fuir. Pourtant la jeune femme elle-même était tout ce qu’il y avait de plus particulier puisqu’elle n’avait rien de mortel, et se camouflait habillement sur les apparences d’une jolie jeune femme.

La déesse, lancée dans sa diatribe, ne remarqua pas immédiatement qu’elle avait mis son interlocuteur sur la défensive par ses paroles. Elle n’avait pas vu l’agressivité soudaine dans son regard, mais ressentit tout de même une certaine colère enfouie émanant de lui. La colère n’était pas tout à fait son rayon, mais plutôt celui de sa sœur Alecto qui semblait s’en nourrir tout autant qu’elle luttait contre, mais elle disposait tout de même de la capacité de percevoir ce genre de trémolos émotionnels. L’homme était en cela un être fascinant. Si prompt à changer d’émotion, tel un Janus… qu’il serait d’ailleurs bien étrangement anachronique de mentionner ici étant donné la nature de cette divinité.

L’inconnu se décida enfin à satisfaire la curiosité de l’Erinye en cessant de tourner autour du pot et de faire diverger la conversation dans différentes directions. Bien qu’initialement avec réluctance, il sembla enfin se décider à commencer de faire le récit de son histoire, laquelle n’était pas des plus joyeuses, même pour un combattant.

Elle opina du chef à la mention de la dernière invasion, ne se souvenant que trop bien de tous les combats qui pouvaient avoir lieu sur terre, bien qu’elle n’y assistât pas toujours directement. En effet, elle ne jugeait pas tous les crimes de sang, seulement ceux qui impliquaient un lien filial ou fraternel. Mais vivant aux portes de l’Enfer, elle pouvait voir l’afflux d’âmes en ces grandes périodes de combats et de morts.


- Guérisseuse, on peut dire ça comme ça, sourit légèrement la jeune femme.

Il s’agit plus d’un sourire intérieur profondément ironique qu’un véritable sourire. C’était de l’envie de commettre des crimes qu’elle soignait et les gens, et les seuls véritables soins physiques qu’elle avait pu procurer étaient ceux que l’on accordait à sa victime, comme un répit avant de nouveaux tourments. Le romain accepta pourtant de céder devant sa requête et de relever le tissu qui couvrait son épaule.

Le regard de Tisiphone alla du visage de son interlocuteur à son bras, et elle se redressa pour aller s’installer beaucoup plus près de celui-ci afin de pouvoir examiner la plaie. Elle hésita quelques instants, et scruta de nouveau ses traits pour vérifier que le romain n’avait rien contre sa proximité. Il lui avait tacitement donné son accord, mais il fallait pour avoir l’air parfaitement humaine qu’elle donne l’impression d’être encore un peu hésitante. Assurant enfin ses gestes, elle détacha le morceau de tissu ensanglanté, tout en maintenant de sa main gauche une pression sur la blessure pour limiter l’hémorragie. Elle plaça le même lambeau de tissu plus haut sur le bras de ce dernier et en fit le tour.


- ça va faire un peu mal, souffla-t-elle.

D’un coup sec, elle tira pour serrer le tissu au maximum, créant ainsi une sorte de garrot qui arrêterait plus efficacement le saignement que de la façon dont il était placé auparavant. La déesse infernale pût alors examiner de plus près cette plaie, qui au premier abord n’avait rien de magique. Elle ne ressemblait à rien de plus qu’une banale blessure au poignard. C’était un peu décevant. Par contre, ce qui était intéressant, c’était qu’au regard de la lame à sa ceinture et de l’absence d’adversaire potentiel dans les parages, elle aurait très bien pu se demander s’il ne s’était pas infligé cela à lui-même…. Tisiphone prit le parti de ne pas creuser cette question.

Etant donné qu’elle avait commencé à œuvrer sur cette blessure, il fallait qu’elle termine si elle voulait avoir l’air crédible. La déesse porta une main à sa ceinture sous un repli de son himation, gardant l’autre posée sur la plaie, et en retira un flacon qu’elle venait en fait de conjurer.

Le jeune homme avait l’air déjà absent, perdu dans ses pensées, comme emporté au loin dans le flot de ses souvenirs. Elle préféra ne pas l’interrompre, espérant qu’il finirait par les partager avec la totale étrangère qu’elle était pour lui, une fois encore afin de satisfaire sa propre curiosité. Il le fit alors, se décidant enfin à lui donner son nom. Il lui parla de sa vie de combattant, de son destin tragique, et de…. Arès.

La déesse s’arrêta net dans son geste et se crispa à l’évocation de ce simple nom. Ainsi, elle avait entre ces mains un serviteur d’Arès, de ce dieu qui avait eu l’audace d’ouvrir une nouvelle fois la boîte de Pandore et de libérer des maux pis encore sur l’humanité. Elle entendit siffler dans son crâne les centaines de serpents de sa chevelure qui semblaient vouloir se réveiller.

Elle tenta d’éviter le regard de Cassius, mais celui-ci la fixait droit dans les yeux, comme pour juger sa réaction face à cette révélation. S’attendait-il à ce qu’elle affiche un air satisfait car un dieu grec avait fait d’un soldat romain son esclave ? Elle sentait de nouveau une aura d’inimitié émaner du jeune éphèbe. La situation ne semblait pas pour le satisfaire non plus. La déesse fit en sorte que ses yeux ne reflètent rien d’autre que de la compréhension pour sa situation, qui ne soit pas pour autant de la condescendance.


- C’est de la propolis, déclara-t-elle alors sur un sujet complètement différent, essayant de ne pas laisser sourdre la colère qui la gagnait.

Elle prit un peu de la résine collante que contenait le petit pot et la versa dans la plaie. Ça le piquerait certainement un peu, mais elle avait des vertus antiseptiques qui lui éviteraient l’infection. Par ailleurs, la résine liquide allait colmater la plaie en se figeant. Tout en exécutant ces soins, la déesse ne pût s’empêcher de se laisser à des idées criminelles.

Nuirait-elle vraiment au dieu Arès si elle décidait en cet instant de mettre fin à la vie de ce misérable humain ? Elle ne pouvait s’empêcher de se poser la question avec intérêt. Après tout, elle était un esprit de la vengeance. Une part d’elle lui insuffla pourtant plus de raison. Elle était gardienne de la justice et de l’équilibre des choses, et ne pouvait céder à l’envie d’une vengeance presque personnelle. Qu’en auraient dit ses sœurs si elles avaient été présentes ? Se seraient-elles alliées à cette décision ?

Les dernières paroles de Cassius la ramenèrent alors brusquement à la réalité. Non, ces sœurs n’auraient certainement pas soutenu sa décision. Elle pensait en vérité qu’il aurait mérité bien pire que cela s’il avait osé s’en prendre à Athènes la grande, ou bien avait tué un membre de sa famille, mais elle ne pouvait lui reprocher de faire ce que tant d’hommes avaient fait avant lui, et ce que tant d’hommes continueraient de faire. L’art de la guerre était une pratique humaine très courante, voire bien trop courante. Même si elle jugeait cela vénal, c’était dans la nature des hommes et même sa justice ne semblait pouvoir l’empêcher. Car certains voyaient aussi en cette pratique une forme de justice.


- Et voilà, conclut-elle en replaçant la partie non-souillée du tissu qu’elle venait d’utiliser comme garrot autour de la plaie, pour permettre de maintenir le tout en place. Elle posa le flacon à moitié vide et essuya sa propre main ensanglantée sur un pan de sa robe.

A sa grande surprise, Cassius prit sa main et la serra délicatement comme pour la remercier. La déesse ne sût pas comment réagir à ce geste. Comment un humain normal réagissait-il à ce genre de gestes ? Elle était en général celle que l’on fuyait, ou celle devant laquelle on baissait la tête et le regard en signe de soumission. Elle ne réagit pas immédiatement à ce geste, ne retira pas sa main comme elle aurait certainement dû le faire, mais se contenta alors de répondre avec philosophie.


- La Grèce est hostile à elle-même. T’attendais-tu à trouver ici une nation unie ? Il ne s’agit que d’une multitude de cités en guerre les unes contre les autres….


Dernière édition par Tisiphone le Dim 26 Déc 2010 - 23:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Sam 18 Déc 2010 - 10:56

Si seulement elle savait qu’il s’était infligé ça tout seul…A vrai dire, il ne savait pas vraiment ce qu’elle penserait de cet acte, et il ne voulait pas vraiment le savoir. Ce n’était surement pas un geste désespéré, du moins d’un certain point de vue. Il s’agissait de cette rage intérieure qui l’animait depuis tant d’années…Cette émotion si intense qui lui donnait l’impression de lutter envers et contre tous. Elle puisait énormément d’énergie en lui mais en créait aussi de temps à autre, comme si des vagues frénétiques successives réalimentaient son être soudainement.

Il pouvait être content d’être tombé aussi rapidement sur une personne désirant le soigner. Cette dénommée Tessa paraissait étrange. Elle se compara à une guérisseuse, de manière un peu évasive, certes. Mais, le romain ne chercha pas à en savoir davantage sur le moment. Il l’a vit s’approcher lentement. Une nouvelle proximité s’établit entre eux et se révéla bien plus troublante que les picotements lancinants provenant de son épaule ensanglantée. Il ne la connaissait absolument pas et bon nombre de questions circulaient dans son esprit à son sujet. Mais, d’un autre côté, Cassius appréciait le mystère que la brune dégageait. Elle pouvait aussi être dangereuse, notamment dans ce contexte. Il faisait nuit noire, les rues étaient vides. Et pourtant, son charme naturel invitait le romain à rester parfaitement immobile, à sa merci, et les arcanes qu’elle dissimulait ne faisaient que renforcer cette attraction.

Cassius ressentit à peine une légère douleur lorsqu’elle resserra le tissu un peu plus haut sur son bras. Mais, même si son esprit divaguait, il ne demeurait pas moins vigilant. Son œil guetta de manière discrète ce qu’elle récupéra de sous son himation. Heureusement, il ne s’agissait que d’un simple flacon. Qui se méfierait de cela ? Quelques secondes de réflexion plus tard, le romain éprouva comme une montée d’adrénaline lorsqu’il pensa que le contenu de cet objet pouvait être empoisonné même si il n’allait pas l’absorber par voie orale. Finalement, Cassius ne fit absolument rien. Peut être que ce jeu dangereux lui plaisait assez pour qu’il ne suive pas ses principes de précaution vis-à-vis des inconnus…ou peut être préférait-il la perspective de passer dans l’autre monde grâce à la malice d’une belle jeune femme plutôt que par le fer d’un hoplite grec. Après tout, ne devait-il pas être déjà…mort ?

Curieusement, après avoir révélé ses origines et la raison de sa venue en Grèce, Cassius ne décela aucune hostilité dans les yeux de Tessa. Cela apparaissait rassurant dans un sens de trouver quelqu’un à même de le comprendre. De l’autre, elle réagissait peut être un peu trop bien à ces propos. Les romains n’étaient pas vraiment aimés par ici. Peu importe, cela ne faisait que renforcer son aura mystérieuse. Il fit mine d’acquiescer lorsqu’elle déclara la nature de ce produit contenu dans le flacon mais cela ne l’empêcha pas de ressentir toujours cette même méfiance à son égard. La résine se répandit ensuite sur sa blessure et le romain leva les yeux au ciel en ressentant dans un premier temps ce liquide froid puis le réchauffement provoqué par les picotements attendus.

Il avait connu pire que ce soit à la caserne militaire ou encore lors de la précédente bataille. Ce n’était que de légers désagréments mais qui se montraient tout de même agaçants. Une fois la blessure recouverte habilement, Tessa s’énonça à propos de la Grèce. Le regard du jeune homme se fit tout à fait neutre.


«A vrai dire, je ne m’y intéressais pas…et je ne m’y intéresse pas plus maintenant. La Grèce m’a pris ma liberté, mes hommes, mon honneur. Je n’aurais aucune peine à les voir s’entretuer… »

Il n’eut pas besoin de s’exprimer de manière virulente. Ses propos, énoncés froidement, démontraient la rancœur qui emplissait son for intérieur depuis sa capture. Il ressentait même intimement l’envie de prendre part à de quelconques hostilités en guise de vengeance. Cassius n’avait plus rien à perdre à ses yeux et se sentait prêt à combattre n’importe qui. Toutes ses mésaventures se payeront à un moment ou un autre. Sa main droite délaissa celle de Tessa, qu’il continua d’observer. Le visage du romain semblait plus sombre que tout à l’heure. Il prit une bonne inspiration et tenta de changer de sujet.

«A vrai dire, comme à peu près tout le monde, je me méfie des inconnus…mais j’ai envie de faire une exception avec vous. J’espère que vous ne profiterez pas de mon manque de vigilance… »

Un sourire bien éphémère se présenta au coin des lèvres du jeune homme. Il venait de s’exprimer sans avoir préalablement réfléchi à ses propos. Etait ce de la crainte ? de l’ironie ? de l’attirance ? ou un mélange des trois ?. Le natif de Rome continua sur sa lancée.

«Vous ne voulez toujours rien me dire sur vous ?...Cela n’est pas très juste vu que je viens de vous raconter mon histoire…»

Cassius la fixa dans les yeux, espérant la voir hésiter à se confier. Mais, d’un autre côté, il appréciait aussi le fait de ne rien connaître de sa vie. Sa raison l’emportait de justesse mais il comptait sur Tessa pour ne pas la satisfaire, aussi étrange que cela puisse paraître.


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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Sam 18 Déc 2010 - 19:01

Tisiphone ne répondit rien de plus. Bien qu’il n’eût été évident à accepter pour un véritable hellène, elle comprenait très bien le point de vue de Cassius. Elle ne s’était certainement pas attendue à ce qu’il lui dise qu’il était attaché à une quelconque patrie d’adoption. Il était désormais esclave, tout de même. Après tout, il n’appartenait pas à cette terre, et avait été réduit en esclavage par ses seigneurs… enfin par un seigneur en particulier, laquelle divinité l’Erinye n’appréciait que très peu. Et c’était un doux euphémisme que cette tournure pour qualifier ce qu’elle ressentait à l’égard de l’olympien. En réalité, elle se moquait de ce qu’il avait contribué à permettre aux titans de reprendre le pouvoir. Son seul souci était la boîte de Pandore, et le lot de zizanie et de fléaux que son ouverture allait pouvoir apporter à ces mortels.

Elle n’écouta qu’à moitié cette réponse qui aurait pu être prévisible. Cassius la fixait toujours intensément, ce qui aurait dû être déstabilisant pour plus d’une personne. La déesse se laissa alors aller à penser qu’il lui rappelait vaguement quelqu’un. Son esprit se mit à errer en quête du souvenir de ce regard à la fois si proche et si lointain, teinté de rancœur, et auquel elle pouvait rajouter une once d’ambition…. Et ça lui revint d’un coup. Cithéron. Le seul mortel pour lequel elle avait eu la faiblesse de ressentir de l’affection ; et qu’elle avait tué parce qu’il avait eu l’audace de la dédaigner dans toute son arrogance de jeune prince qui en réalité ne s’aimait que lui-même.

Cette évocation la renfrogna. On disait la bêtise humaine, mais en réalité même les immortels n’échappaient pas à l’erreur. Après tout, Zeus avait créé les mortels à son image, selon ses propres propos…. Il n’y avait qu’à voir où tout cela l’avait conduit.

Elle sentit sa main se faire libérer de l’emprise de celle du romain et fut ainsi rappelée à la réalité. Elle le regarda d’abord d’un air étonné, comme si ce n’était pas avec le même individu qu’elle conversait depuis un moment déjà ; comme s’il s’agissait de l’étranger qu’il était effectivement pour elle. L’espace d’un court instant, son regard s’obscurcit, avant de retrouver l’éclat qu’il avait un peu auparavant.

Ils étaient plongés dans l’obscurité depuis un bon moment déjà, à discuter comme si de rien n’était dans la pénombre de l’amphithéâtre de la ville. Le ciel était pourtant suffisamment clair pour qu’elle puisse nettement discerner les traits et les expressions de son interlocuteur.

La déesse fût interloquée par la suite du propos de Cassius. Il était évident qu’elle aurait pu l’écraser comme un simple moucheron, se débarrasser de ce mortel avec la plus grande facilité du monde. Mais cela, il ne pouvait le savoir. Elle vit le léger rictus sur ses lèvres et ne répondit rien, voyant qu’il s’apprêtait à reprendre la parole. Si elle était plus surprise encore par cette demande, elle n’en laissa pourtant rien paraître.

Qu’espérait-il ? Qu’elle lui dise vraiment qui elle était ? Qu’elle était une déesse infernale, venue en mission pour espionner l’ancien maître du ciel, lequel vivait sous son enveloppe mortelle dans cette ville ? Qu’elle avait pour mission de poursuivre jusqu’à la folie quiconque osait rompre la divine thémis, ce qui faisait l’équilibre précaire de ce monde ? Qu’elle était une des gardiennes du Tartare peut-être ?

Ou fallait-il à l’inverse qu’elle approfondisse le mensonge fort peu élaboré qu’elle lui avait servi ? Elle s’était contentée de lui donner un nom qui n’était pas véritablement sien, et le reste de ses propos contenait une certaine part de vérité, mais que nul ne pourrait comprendre.

Elle aurait pu aussi essayer de lui faire comprendre que le récit de sa vie n’avait que peu d’intérêt et que c’était pour cela qu’elle ne souhaitait pas élaborer. Mais se faisant, elle courrait le risque qu’il insiste tout de même pour en savoir plus.

La déesse ne désirait pas mentir, mais ne comptait pas pour autant expliquer toute la vérité à ce mortel. Elle resta silencieuse quelques instants, hésitant entre les différentes options qui se présentaient à elle.

Elle prit le parti de choisir une autre voie, et se contenta de lui adresser un sourire énigmatique.


- Toi, plus que tout autre, devrais savoir qu’il n’y a malheureusement que peu de justice en ce monde.

Elle ne comptait clairement pas en dire plus sur le sujet. Elle seule pouvait comprendre l’ironie inhérente à ses propos, car justement elle faisait partie de ces êtres qui essayaient de maintenir un semblant de justice chez les mortels, en vengeant un certain nombre de crimes….

- Dis-moi plutôt pourquoi tu penses que je vais profiter de ton manque de vigilance, demanda-t-elle alors en insistant sur le « je ».

- Entends-moi bien, j’apprécie l’exception que tu sembles vouloir faire à mon égard, mais après tout, de nous deux, qui devrait être le moins rassuré, selon toi ? Poursuivit-elle encore avec un sourire en coin.

Là encore, elle seule était en position de comprendre toute la subtilité de son propos et toute l’ironie de celle-ci. Le jeu l’amusait de plus en plus. Elle ne pensait honnêtement pas avoir grand-chose à craindre de ce mortel, mais après tout, elle est mortelle à ses yeux. Et étant femme, probablement faible avec ça, d’autant qu’il s’agissait d’un combattant.

- Si je me méfiais autant que toi des inconnus, je ne serai certainement pas assise ici.

Elle se pencha alors vers lui et poursuivit en chuchotant, sur le ton de la confidence.

- La ronde des gardes ne passe pas très souvent par ici, et quand bien même, la patrouille se contente de longer une partie de l’enceinte de cet amphithéâtre avant de s’éloigner ; cette partie de la ville n’est pas éclairée… idéal pour un crime, non ?

Son ton était volontairement difficile à déchiffrer. Il n’était pas évident de savoir si elle était sérieuse ou non, alors qu’évidemment, ses propos n’était pas à prendre littéralement. Elle voulait s’amuser de connaître la réaction de Cassius à ses paroles. Qui plus est, elle pensait ainsi avoir efficacement détourné les questions personnelles sur sa propre histoire.
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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Sam 25 Déc 2010 - 23:53

La justice…Un bien étrange concept. Pourquoi pousser les gens à croire en un quelconque équilibre ? Cassius rumina intérieurement sur ce sujet. La nature peut être belle mais aussi cruelle et injuste. Même si les hommes ne sont pas des bêtes, quoique l’on pourrait en douter, ils héritent eux aussi de cette caractéristique. Cela semble inscrit dans leurs gênes. Et pourtant, ils s’entêtent à créer des symboles qui ne sont destinés qu’à accroître la grandeur de leur civilisation auprès de la plèbe. Pour le romain, il n’y a que des causes, des conséquences et des paramètres hasardeux. Le reste n’est que du vent…

Il ferma les yeux et déglutit en entendant la remarque de Tessa à ce sujet. Une vérité toujours aussi dure à accepter et qui ne faisait que réalimenter sa rancœur vis-à-vis des éléments et des principaux responsables à ses yeux. Pourtant, le natif de Rome resta digne, placide. Peut être était-ce grâce à son sang froid qu’il parvenait à maintenir cette énergie infernale en lui.

Sa question suivante le fit sourire. Il cessa de scruter l’estrade déserte pour observer les traits de son interlocutrice. Bien sur, Cassius comprit où elle voulait en venir. Une jeune femme se promenant dans les ténèbres de la nuit et qui rencontre un inconnu devait au moins être toute aussi méfiante que lui, surtout face à un guerrier ayant déjà donné la mort. Mais, quelque chose clochait dans l’esprit de l’esclave. L’attitude de Tessa suscitait incontestablement sa curiosité.

Alors que le romain n’avait pas encore formulé sa réponse, la brune s’immisça un peu plus dans son espace vital. Côtoyer des gens, en l’occurrence des inconnus, d’aussi près pouvait en effet se révéler dangereux. Mais, Cassius n’eut pas le moindre mouvement de recul. Il soutint son regard, répondant au défi qu’elle lui imposait. C’est dans ces moments là qu’il réalisait son changement d’attitude face à un danger potentiel. La mort ne l’effrayait plus vraiment et il ne lui ferait pas le plaisir de trembler devant elle.


«Justement, c’est le fait que vous devriez être la moins rassurée qui m’interpelle…Et vous ne me donnez pas du tout cette impression…Vous rencontrez un inconnu en pleine nuit…là où ne passe pas les gardes de la cité...Vous le tutoyez et restez avec lui…Vous ne lui offrez que votre prénom…Ce qui me laisse à penser que vous pouvez avoir de bonnes raisons pour vous comporter ainsi… »

Il pouvait paraître peut être un peu paranoïaque mais son raisonnement n’était pas si illogique que ça. Le romain se pencha à son tour vers Tessa, se remémorant ce qu’elle avait dit à propos de la surveillance de cet endroit. Il lui souffla ensuite quelques mots.

«…Idéal, oui…Cependant, je trouverais ça un peu stupide de me tuer après m’avoir soigné même si ça pouvait être un prétexte pour vous rapprocher. »

Cassius ne termina pas sa phrase, la laissant ainsi en suspens. Il laissa la jeune femme faire le lien tandis que ses doigts râpeux frôlaient ses mèches brunes. Avec une telle proximité, elle ne pouvait le laisser de marbre. Peu à peu, il se laissa gagner par ce jeu enivrant mais pas sans dangers. Si seulement il savait à qui il faisait face….Il n’imaginait pas prendre autant de risques. Que risquait un homme à scruter les yeux et les lèvres d’une déesse infernale ? Cette idée lui aurait certainement jeté un froid. Mais, il ne la voyait que comme une humaine mystérieuse avec un petit côté ‘femme fatale’. Et le romain était encore loin du compte à son sujet. Comment savoir lorsque la vérité dépasse de loin l’imagination d’un individu ? Et pourtant, elle paraissait si fragile…

« Mais, je suis prêt à prendre le risque..»


Non, il n’était pas devenu fou ou suicidaire. A vrai dire, Cassius se sentait enfin revivre depuis sa débâcle sur le champ de bataille. Dans ces moments là, à défaut d’utiliser sa raison, il se fiait à son instinct. Et Tessa avait quelque chose de particulier. Cette apparente douceur, ces répliques assurées, ce regard mystérieux et l’aura qu’elle dégageait, provoquaient comme un tourbillon de fougue en lui. Jouer était donc la seule alternative et cela se voyait à travers le regard persistant et déterminé du romain.
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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Dim 26 Déc 2010 - 17:13

C’était un jeu un peu dangereux auquel jouait la déesse. Non pas à cause du danger physique que pouvait représenter le guerrier, car c’était un gringalet comparé à ses pouvoirs divins. Mais c’était dangereux car il s’agissait là d’un serviteur d’Arès qu’elle s’amusait à charmer pour une raison qu’elle ne saurait trop expliquer. Elle s’amusait à le tenter, mais surtout à le pousser dans ses retranchements, pour essayer de mieux cerner cet étrange personnage qui lui faisait face.

Aucune obligation n’exigeait une intervention pressante de la déesse, elle avait sa soirée à elle et pouvait profiter de ce qui représentait pour elle un instant de détente. A bien y penser, c’était cela qu’elle appréciait en la compagnie du romain. Etant donné qu’il ignorait son identité, il ne la craignait pas ou ne la haïssait pas, et elle n’avait donc pas à faire à un regard terrifié ou à un air de dégoût, mais à quelque chose de bien différent dans le regard du jeune homme. Et il n’y avait rien de tel pour lui donner l’impression l’espace de quelques instants de s’être distancée d’elle-même et de ce qui constituait sa nature profonde.

La déesse éclata d’un rire cristallin tout ce qu’il y avait de plus humain.


- Je suis lasse de devoir être par nature et par convention la plus faible et la moins rassurée, mentit-elle éhontément, plongée dans la peau de son personnage d’emprunt. Est-ce vraiment vouloir aller contre son destin de changer d’attitude de la sorte ? Laissons-les Moires décider de ce qu’il adviendra de moi, et que je puisse profiter pleinement de chaque instant sur cette terre.

Les Moires l’avaient mandée d’accomplir sa tâche sans faillir, et c’était bien ce qu’elle avait fait jusqu’à présent. Le reste n’était que du détail….

La tournure de la situation la fascinait, tout autant que le changement dans l’attitude du romain. Elle avait été celle de l’oiseau blessé qui, effarouché, refusait de se laisser approcher, avant de finalement céder, et qui, une fois remis sur pied, reprenait du poil de la bête et redevenait tout aussi méfiant qu’auparavant, mais qui hésitait tout de même et se demandait s’il ne devait pas tâcher de faire confiance à la personne qui venait de lui sauver la vie. Certes, elle ne lui avait pas sauvé la vie. Son analyse lui avait confirmé que la blessure n’était que de minime gravité.


- Qu’y gagnerais-tu à connaître mon patronyme, à savoir de qui je suis la fille, si de ce monde tout t’es étranger ?

Le nom de son père était en réalité connu de tous, et il n’était en rien un brave. Il n’était rien de mieux que ce que ses fils après lui avaient été. Une succession de créatures imbues d’elles-mêmes et arrogantes. Et elle était née de la chute de « ce brave homme », alors détrôné par son fils fou. Mais tout cela, il était hors de question qu’elle en parle. Elle était bien, lovée dans ce mensonge qu’elle construisait en rajoutant lentement et méticuleusement de petites pierres à son édifice.

Une nouvelle fois la déesse se prit à rire lorsque Cassius répondit en insinuant qu’elle était la plus dangereuse des deux et celle qui pouvait le tuer. Si seulement il savait à quel point il était proche de la réalité. Si seulement il savait à qui il avait véritablement à faire ! Une petite partie de l’infernale Erinye était bien satisfaite qu’il ignore tout de sa véritable nature, car c’était cela seul qui lui permettait de ne pas être immédiatement jugée pour ce que le cosmos avait fait d’elle.

Il effleura sa chevelure, et la jeune femme réalisa avec délectation qu’il était entré dans son jeu. Si son attitude à elle, pour une jeune humaine se promenant sans compagnie tard le soir pouvait paraître étrange, cela ne semblait pas pour autant gêner outre mesure le romain.


- Un prétexte pour me rapprocher, dis-tu ? Poursuivit-elle sur le ton de la confidence. Et si tout cela n’était justement qu’un subterfuge pour me permettre de mieux jauger mon adversaire ?

Tandis qu’il détaillait les traits de son visage, la déesse sortit la dague au pommeau finement ciselé et serti de pierres précieuses, présent forgé par son ami le cyclope Stéroptès, de son fourreau. Elle la porta à la gorge de Cassius, qui se disait justement à l’instant près à prendre le risque de rester en sa compagnie, et arrêta la lame à quelques centimètres seulement de sa carotide.

- En es-tu bien sûr ?

Son regard s’était fait de nouveau absolument indéchiffrable. Comptait-elle réellement lui trancher la gorge ? Ce n’était pas dans ses options pour l’instant. L’Erinye était une déesse justicière, pas criminelle. Il lui aurait fallu une bonne raison pour vouloir mettre un terme aux jours de ce mortel. Elle avait gardé son visage à proximité de celui de Cassius, et un sourire tout aussi énigmatique que celui du chat du Cheshire s’étira sur ses lèvres.

- Ignores-tu ce qu’on dit des guérisseuses en ces terres ? Que ce sont des magiciennes, des créatures magiques parfois. Qui te dit que je ne suis pas… ?

Elle laissa la question en suspens quelques instants, comme si elle cherchait la fin de sa phrase.

- … une Empuse ?

Les empuses étaient des démons femelles, faisant partie du cortège d’Hécate, et qui prenaient l’apparence de belles jeunes femmes afin de séduire les hommes dans le but de les dévorer. Un scénario qui somme toute pouvait être assez crédible au regard des circonstances actuelles.

Au loin, un éclair silencieux déchira le ciel. L’orage devait être quelque part sur l’océan, plus à l’est. L’espace de quelques secondes, il fit aussi clair que s’il faisait jour dans l’amphithéâtre.
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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Dim 2 Jan 2011 - 12:37

Les apparences sont parfois trompeuses. Cassius le savait parfaitement et pour cette raison, il se méfiait des conventions. Les gens peuvent être bons, diaboliques mais ils ne sont que très rarement suicidaires. L’attitude assurée, et peu farouche dans un sens, de Tessa le perturbait. Au-delà du charme qu’elle pouvait dégager, quelque chose le dérangeait. Du moins, c’était son intuition. Le contexte de la rencontre jouait incontestablement aussi.

La brune tenta par la suite de le convaincre de se défaire des conventions. Apparemment, elle ne voulait pas vivre dans la peur. Cassius fronça des sourcils un instant, surpris par sa tirade. Il n’y avait aucune demi-mesure, elle confiait aveuglément sa vie à ses Dieux. Etait ce tout simplement de l’ignorance ? Difficile pour Cassius d’être convaincu avec ça…

Tessa avait parfaitement raison sur un point. Son patronyme ne servirait en rien au romain. La Grèce représentait à elle seule un nouveau monde pour lui et les personnes peuplant cette cité, de parfaits inconnus. Lui-même n’était personne. Dans ces conditions, il se contenta d’acquiescer faiblement de la tête. Cependant, elle refusait encore une fois de donner une information la concernant. Et même si ce nom n’avait que très peu d’intérêt, cela ravivait la méfiance et les soupçons du guerrier à son égard.

Et curieusement, elle tenta ensuite de faire croître la crainte de Cassius pendant que celui-ci l’observait. Le jeune homme pensa alors que ce passage était nécessaire afin d’en savoir plus sur elle, même si cette option comportait des risques. Ses sens se mirent en éveil lorsque le bruit caractéristique du fer d’une lame glissait le long de son fourreau. Il s’agissait du pur réflexe de soldat. Il avait été habitué à ce grincement caractéristique depuis son arrivée à la caserne militaire romaine.

A la différence de Tessa, la dague qui se trouvait à sa taille n’était pas recouverte du fourreau qui lui était associé. Un geste en moins à réaliser et plus d’effet de surprise. La lame était parfaitement ordinaire. Pas la moindre fioriture dessus. L’esthétisme n’avait aucun intérêt pour le romain, seule l’efficacité du tranchant de la lame comptait. Menacé à un endroit critique, le natif de Rome laissa la brune approcher son regard tandis qu’il s’empara de sa dague personnelle sans le moindre bruit. Celle-ci s’approcha dangereusement du buste de Tessa et arrêta de serpenter sournoisement juste en dessous de sa poitrine.


Un sourire étrange se dessina sur le visage du romain, comme s’il s’apprêtait à sourire à sa propre mort. Et puis, il ne désirait surement pas offrir la terreur qui animait toute personne devant aller ad patres à son meurtrier. Ce que révéla ensuite la brune le fit hausser des sourcils. Une Empuse ? Il ignorait totalement la signification de ce mot. Ce n’était pas sa culture…

«Pour avoir peur, il faudrait déjà que je sache à quoi je m’expose.. »

Son sourire s’agrandit quelque peu et ses yeux soutinrent ceux de la visiteuse nocturne, comme pour la pousser à révéler ses secrets. Soudain, un bruit sourd, précédé d’une lumière vive et éphémère, troubla la quiétude des lieux. Cassius profita de ce phénomène pour se pencher en arrière et saisir de sa main droite le poignet de Tessa afin de s’extirper de cette fâcheuse situation. Après ce retournement de situation, le romain continua sa phrase sur le même ton, d’une voix toujours aussi rocailleuse et calme.

«Et sans peur, vous demeurerez une avilissante jeune femme aux yeux du commun des mortels. »

Certes, ce jeu prit une tournure extrêmement dangereuse. Il la poussait dans ses derniers retranchements, la provoquait. Et même si l’issue pouvait être dramatique pour Cassius, il en sortirait tout de même gagnant de l’avoir vaincue à son propre jeu. Et ça, elle ne pourrait lui enlever quoi qu’elle lui fasse subir.

Le romain secoua énergiquement son poignet pour qu’elle finisse par laisser tomber au sol sa dague majestueusement ornementée. Malgré sa réserve et sa froideur quasi naturelle, le jeune homme ne pouvait nier qu’il ressentait une certaine frustration d’avoir été menacé de la sorte. Au vu de son passé, c’était une assez mauvaise idée. Son sourire disparut alors qu’il ressentait toujours cette attraction, quasiment malsaine maintenant, pour cette jeune femme. Sa main gauche vint saisir brusquement la gorge de Tessa tandis que sa main droite maintenait sa dague contre le buste de la déesse. Il la fit remonter un peu plus haut vers sa gorge avant d’imprimer le mouvement inverse, comme si l’idée de fendre le lin blanc lui était venu en tête.


«J’ai échappé à la mort…mais elle m’a aussi infligé une vengeance en faisant de moi un esclave des Grecs…Alors qu’est ce qui m’empêcherait d’en faire de même avec toi ? Après tout, ce serait tout à fait naturel dans ce monde.. »

La menacer n’était étrangement pas suffisant. Quand il ressentait l’envie de mener des représailles, Cassius était obnubilé et ne se fixait plus aucune limite.
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Tisiphone
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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone] Dim 2 Jan 2011 - 15:22

Il était temps de réveiller ses sens et de les remettre aux aguets. Elle voulait voir ce dont pouvait être capable ce combattant que le dieu de la guerre avait épargné pour en faire un de ses serviteurs. Elle avait vu la lueur au fond de ses yeux s’éveiller au bruit pourtant très subtile et presque inaudible de la lame sortant de son fourreau. Le guerrier en lui se réveillait enfin. Ce fût alors seulement qu’elle sentit le froid d’une lame contre sa poitrine. Elle baissa les yeux et pût constater à quel point les réflexes du guerrier étaient aiguisés.

Sous le ciel déchiré d’éclairs bleus et jaunes, la scène était des plus étranges. Au milieu de cet immense amphithéâtre désert était installé un couple de jeunes gens dont la proximité aurait pu laisser supposer qu’ils étaient amants. Mais en réalité, le romain comme la jeune femme grecque se jaugeaient du regard, chacun menaçant l’autre de sa lame.

Le tonnerre gronda alors. L’orage qui venait de l’océan approchait des montagnes et sa puissance faisait écho à travers le val encastré d’Elefteri. Les réflexes du romain étaient aussi rapides. Il était parvenu dans ce laps de temps à se dégager de la menace de Tisiphone et à écarter son bras armé.

Elle avait joué. Elle s’était faite avoir à son propre jeu. Mais la déesse ne se démonta pas pour autant. Une simple mortelle aurait pu être terrifiée dans une telle situation. L’Erinye était loin de l’être. Ce n’est donc pas de la peur, mais un profond sentiment de colère qui l’envahit alors. Elle entendit, dans leur absence, le sifflement féroce qu’auraient produit les serpents qui constituaient originellement sa chevelure, dans sa tête. Et ce n’est que la force de sa concentration qui lui permit de retenir les vipères enroulées autour de ses bras d’apparaître pour couper court à l’existence de ce cancrelat qui osait ainsi parler d’une déesse.

Elle se reprit, s’efforçant de garder en mémoire le fait qu’il ignorait à qui il avait réellement à faire, et que la déesse aurait pu mettre fin à sa vie dans l’instant. On aurait pu voir vaciller la flamme de la colère au fond de ses yeux, qui s’estompa lentement, pour laisser place à l’intensité du regard obscur de la jeune femme.


- Avilissante ?! Qu’est-ce qui te permet de me qualifier ainsi, toi qui ignore tout de moi ? Toi qui de glorieux légionnaire n’est désormais plus que simple esclave ! Lui lança-t-elle au visage comme un naja aurait craché son venin.

Elle qui maitrisait la situation depuis le début s’était sentie en train d’en perdre le contrôle, et cela lui déplaisait énormément, ce qui expliquait ce soudain accès de rage à son égard. Elle avait toutefois réussi à garder suffisamment de contrôle sur elle-même pour maintenir son apparence humaine. La déesse avait peut-être perdu cette manche, mais ne s’avouerait pas vaincue aussi facilement.

Voilà maintenant que Cassius secouait son bras pour lui faire lâcher prise sur l’arme qu’elle tenait entre ses doigts fins. S’il pensait que c’est cela qui parviendrait à désarmer une déesse, il se trompait. La jeune femme lui adressa alors un sourire ironique et se contenta d’ouvrir grand la paume de sa main, montrant bien ainsi que c’était par un geste purement volontaire qu’elle avait accepter de se laisser désarmer et non par la contrainte de cette main fermement serrée sur son bras. Elle avait décidé de reprendre le contrôle, et comptait bien le lui faire savoir.

Si elle avait été mortelle, il aurait pu sérieusement lui avoir fait mal par ce geste. La déesse pour sa part aurait dû depuis un moment avoir révélé sa véritable nature, mais elle ne le voulait toujours pas. En cet instant précis, ça aurait été admettre qu’elle avait perdu, ce que lui interdisait d’accepter son égo. La lame toucha le sol dans un cliquetis métallique qui résonna dans l’immense amphithéâtre, immédiatement couvert par le grondement du tonnerre.


- Et quoi, maintenant ? Lui dit-elle alors par défi, tandis que sa dague montait et descendait le long de son buste, comme s’il hésitait soudain à agir.

- Vas-y ! S’exclama-t-elle alors, en lui offrant sa gorge.

Qu’il tente de lui planter sa lame déjà ensanglantée dans le cœur. Elle avait en cela et pour une apparente mortelle l’attitude d’une reine, de celle qui ne craint pas la mort, mais l’attend et s’offre même à elle. Pour tout dire, ce n’était pas une si grande prise de risque que cela. Elle n’avait certainement pas l’intention de se laisser tuer par un romain. Quant bien même il oserait, il ne pourrait vraiment envoyer aux enfers une gardienne de l’Hadès. Quelle ironie de vouloir même le croire ! Elle voulait juste savoir s’il oserait seulement aller jusqu’au bout de son geste.

Mais apparemment, il avait un autre projet en tête. Pour quelqu’un qui osait la qualifier, elle, d’être avilissant, il osait croire qu’il pourrait faire d’elle une esclave. Se serait-elle trompée sur son compte et serait-il suffisamment vil et digne d’être le serviteur d’un dieu sans vergogne ? Elle remarqua d’ailleurs une chose extrêmement intéressante. Sur cette dernière phrase, il avait cessé de la vouvoyer. Avait-il donc perdu cette distance respectueuse qu’il avait voulu mettre entre eux par ce vouvoiement ? Etait-ce signe de l’affirmation de sa propre puissance sur ce qui n’était d’aspect qu’une simple jeune femme ?

Une chose était en tout cas certaine. Elle aurait presque pu palper cette aura emplie de vengeance tellement elle était forte autour de Cassius. Lui avait clairement cessé de prendre cela pour un jeu et s’était fait particulièrement grave, mais c’était le moment qu’attendait la déesse. Pensait-il réellement avoir gagné ? S’il avait réussi à la mettre en colère, elle l’avait pour sa part poussé suffisamment à bout pour qu’il déborde maintenant de l’énergie de cette haine et ce besoin de vengeance qui ne s’adressait en réalité pas directement à elle mais qu’elle avait su canaliser vers sa personne.

Il la maintenait fermement à la gorge, sans pour autant l’empêcher de respirer, et elle sentait dans la force de cette poigne qu’il aurait pu lui briser la nuque s’il l’avait voulu et si elle n’avait point été immortelle.


- Te voilà devenu digne de ton maître, serviteur d’Arès, rétorqua-t-elle alors d’une voix froide, continuant à le provoquer alors même qu’elle semblait en position de faiblesse.

Son prochain mouvement fut inattendu. De sa main gauche, elle s’empara du bras armé de Cassius. Ses doigts s’étaient glissés par-dessus ceux du romain et contrôlaient désormais la lame dont il avait été maître. Mais au lieu de la retourner contre lui, elle l’approcha de sa propre poitrine, le bravant une nouvelle fois.


- Je préfère encore mourir.

S'échapper dans la mort, et que jamais ainsi il n’obtienne les réponses aux questions qu’il pouvait se poser sur le compte de cette inconnue qui avait osé s’opposer à lui et le défier. Voilà qui pourrait le faire réfléchir si sa folie vengeresse ne s'était pas déjà totalement emparée de lui. Cette envie de vengeance serait-elle capable de le mener jusqu’au crime ? Elle ne tarderait en tout cas pas à en avoir la réponse, et peut-être que finalement elle saurait à quoi s’en tenir avec cet étrange personnage.
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MessageSujet: Re: I'm not your enemy [Tisiphone]

I'm not your enemy [Tisiphone]

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